De la conservation des données de notre époque.

Un des points cruciaux de notre civilisation est la non-pérénité des supports d'information : soit le support lui-même se dégrade suffisamment vite pour ne pas vivre longtemps (par exemple, un CD gravé n'est pas censé tenir plus d'une dizaine d'années), mais les supports et les données ne sont pas garanties pour être toujours lisibles, par manque du lecteur matériel et/ou logiciel idoine. Pour les données non numérisées, le problème est différent, mais le résultat identique. Les photographies se dégradent avec le temps (jaunissement, effacement de l'image), le papier étant fait à partir de pâte de bois s'acidifie avec le temps et se détruit (problème qui n'existait pas avec les anciens papiers faits à base de tissus).
Quand bien même les objets survivraient à l'épreuve des ans, qui peut dire que l'on connaitra forcément leur usage dans les siècles à venir ?

La visite de l'exposition

Avant de visiter l'exposition proprement dite, appelée “Futur antérieur”, une galerie présente différents objets sur le thème de la communication, datant du début du 20ème siècle à nos jours. Certains objets (les plus récents) pourront vous être familiers, les plus anciens ne vous diront rien, tant d'un point de l'apparence que de l'usage. Cette galerie se termine par une présentation des matériaux pouvant résister à l'épreuve des ans (verre, porcelaine, métal), et les autres.
L'exposition en elle-même s'étend sur une faible superficie, grosso modo dans les 20 mètres carrés. La visite vous met dans la peau d'une personne de l'an 4005 visitant un musée consacré aux rares objets retrouvés du 20ème siècle, et est “guidée” à l'aide d'un lecteur portable de CD. Celui-ci vous explique les usages possibles des objets retrouvés, et les interprétations “probables” de ceux ci.

Qu'y apprend-t-on ?

  • Qu'il existe de fréquentes représentations de notables importants, peut être des prêtres d'un culte voué à la nature, portant la barbe et des habits colorés. Ceux-ci portent un verre percé, permettant à celui qui y boit de reverser sa part à la nature (un nain de jardin portant un pot de fleur).
  • Que les gens du 20ème siècle connaissaient la géographie de leur planète, et que celle-ci était appelée “Hollyvo-od” (un verre Planet Hollywood).
  • Que les gens du 20ème siècle ne buvaient pas de boissons alcoolisées (Une plaque de terre cuite marquée “buveur toujours, ivrogne jamais”).
  • Que les gens du 20ème siècle vouaient un culte à la nature et à la virilité (Une roquette représentation d'un symbole phallique, les ailettes de stabilisations figurant les rayons du soleil).
  • Que les gens du 20ème siècle appréciaient une pratique appelée “sport”, au point d'en orner les pages de papier, et d'en faire des figurines (une page d'un journal suisse avec une photographie d'un cycliste les bras en V, et des Jésus Christ les bras en croix, mais sans la croix).
  • Et plein d'autres choses encore. Allez voir l'exposition si vous souhaitez en savoir plus.

La morale

La morale, car il en faut bien une, est que de part notre mode de vie actuel, et des choix technologiques effectués, il n'est pas garanti que l'on laisse des traces identifiables et compréhensibles aux archéologues du futur. Et même si l'on décide de stocker toutes les informations utiles sur des supports stables dans le temps, un bouleversement naturel et politique peut très bien subvenir et faire disparaitre ces informations (après tout, l'antiquité avait sa grande bibliothèque d'Alexandrie, qui a fini dans les flammes).

Un autre point qui vient à l'esprit est celui de l'interprétation actuelle des antiquités découvertes à l'époque actuelle : qui nous dit que notre interprétation est juste, si ce n'est que les documents “explicatifs” ont pu être conservés jusqu'à maintenant de par la nature de leur support : terre cuite, pierre, parchemins / papyrus, etc.