Pour présenter les forces en présence:

  • monsieur est jeune et fringant (25 ans au moment des faits, 27 ans maintenant)
  • madame est fringante, mais un chouïa moins jeune (36 ans à l'époque, deux de plus maintenant). D'où une certaine urgence dans la conception de notre futur financeur de retraite.

Méthode Jean-Pierre Coffe© : tout naturel

Donc on s'applique convenablement, essayant toutes les positions possibles, au cas où l'une d'entre elles puisse favoriser une éventuelle grossesse. Même si on sait très bien que ça ne sert à rien, tant qu'on choisit le bon orifice, autant se faire plaisir, n'est-ce pas ? Au bout de quelques mois, toujours rien en vue, madame commence à trouver le temps long et à désespérer. Donc, début 2004, on commence à faire des tests pour savoir si ça cloche chez l'un d'entre nous. S'ensuivent quelques tests rigolos : découverte de la diversité des magazines pudiquement appelés « érotiques » (bon... des magazines pornos, tout simplement) pour monsieur qui doit donner plusieurs fois de son sperme, quelques prises de sang pour madame pour savoir si tout va bien côté hormones (mais sans les magazines sus-nommés, elle n'a pas besoin d'être excitée pour ça), la relation sexuelle à heure programmée (à minuit, les salauds, à cette heure en général je dors), pour faire analyser tout ça in-situ (comprendre dans madame), aussi appelé test post-coïtal de Huner. Au final, tout va bien chez monsieur, tout va bien chez madame, réessayez encore, ça va forcément marcher. Sauf que bien entendu, ça ne marche pas.

Méthode Haras Nationaux : on insémine

Mi-2004, on se dit qu'il serait bien de passer à la vitesse supérieure : l'IAC. Cet acronyme barbare signifie simplement Insémination Artificielle avec sperme du Conjoint (c.à.d. moi même). La technique est simple : on effectue un recueil de sperme (je suis rodé, j'ai fait plein de spermogrammes avant), on prépare le-dit sperme (suppression des protéines de surface comme au passage de la glaire cervicale du col de l'utérus, sélection des plus mobiles), et enfin on injecte un échantillon de ceux-ci dans le col de l'utérus de madame aux proches alentours de l'ovulation déclenchée par des hormones.

Au premier abord, ça parait tout simple. Et effectivement ça l'est... pour monsieur. Madame doit « subir » tous les soirs pendant une quinzaine de jours (depuis les règles jusqu'avant l'ovulation) des injections d'hormones afin de stimuler les ovaires et favoriser la production d'ovules. D'où entre autres le risque de grossesses multiples. Vous vouliez un bébé ? Vous pourrez en avoir deux ou trois pour le même prix. f34r !

En parlant de prix, il faut savoir que tout ça est pris en charge en 100% par la sécurité sociale (jusqu'à 6 IAC). Et au prix où sont les hormones et interventions, on a participé pour notre part à un bon morceau de son trou gouffre actuel. Et je me suis trouvé une belle vocation : branleur aux frais de la sécu.

Bref, pour en revenir à nos moutons, au bout de quatre IAC, toujours rien. Stérilité inexpliquée qu'ils appellent ça.

Méthode Orangina : tout dans une bouteille, on secoue, et on ramasse la pulpe.

Tout ceci nous amène donc à mi-2005. Il devait rester encore deux IAC à faire, mais l'âge de madame n'arrangeant pas forcément les choses, il est décidé de passer aux FIV. Pour ceux qui n'auraient pas deviné, cela signifie simplement Fécondation In Vitro (ce qui n'a rien à voir avec les baies vitrées des monuments religieux, ma chère et tendre n'étant pas du tout la Sainte Vierge©®™).

Concrètement, ça se passe presque comme l'IAC : je dois donner mon sperme (ce qui est loin d'être désagréable), madame doit stimuler ses ovaires, et on doit mettre en présence spermatozoïdes TBTP en contact avec les éventuels ovules. En revanche, il y a quelques changements :

  • Mon don de sperme ne se passe plus au petit labo de quartier avec ses charmants magazines de charme, mais à l'hôpital public avec un unique magazine appelé « Masturbation 22 ». C'est cheap. Donc monsieur le ministre de la Santé, pitié, donnez des sous aux professions de santé, je confirme ce que tout le monde vous dit, ils manquent vraiment de moyens.
  • Madame doit cette fois-ci vraiment travailler, et stimuler à fond ses ovaires. Le but est qu'ils passent de simples organes patatoïdes à deux superbes grappes de raisin.
  • La rencontre ovule / spermatozoïdes ne se passe plus directement chez madame, mais dans une belle boîte de Pétri. Et pour cela, il faut aller cueillir les ovules directement à la source (d'où mon analogie avec une grappe de raisin).

Mi-septembre (ce septembre), le traitement commence. Madame connait parfaitement la manipulation des stylos d'injections (4 stylos utilisés, au prix unitaire d'environ 600 €, le tout bien entendu pris en charge à 100% par cette vieille dame moribonde qu'est notre sécu). Il faut rajouter à ça d'autres piqûres en fin de cycle pour bloquer l'ovulation, des échographies et prises de sang pour déterminer le moment opportun pour la ponction, qui doit se dérouler avant l'ovulation naturelle, puis une dernière injection pour déclencher l'ovulation.

Moins de 36 heures après la dernière injection, il faut donc aller à l'hôpital où je donne mon sperme et madame ses ovules. Pour moi, c'est une vraie partie de plaisir (j'ai dû me rabattre sur la cassette vidéo, le magazine ne donnant pas envie). Pour madame, c'était plus folklorique :

  • Une première anesthésie « de surface » des parois du vagin
  • Une deuxième anesthésie appelée « flash », qui permet de sonner madame pendant un temps assez court (une dizaine de minutes).
  • Pendant ce temps, une longue et fine aiguille va percer les parois du vagin, traverser la viande jusqu'aux ovaires, et aspirer le contenu des follicules qui contenaient les ovules prêts à être relâchés. Pendant cette intervention, il a fallu refaire un deuxième « flash » à madame, l'effet du premier s'étant estompé et la douleur semblait apparemment peu supportable.
  • Passage en salle de réveil pendant une petite heure le temps de récupérer avant de rentrer à la maison.

Il faut savoir que pendant toutes ces étapes, ma présence était obligatoire.

On a donc appris avant de rentrer que dix ovocytes ont été recueillis. La suite des opérations est la suivante :

  • Mise en culture des ovocytes avec les spermatozoïdes pendant deux jours.
  • Au bout de deux jours, sélection des meilleurs embryons qui se seront éventuellement développés.
  • Implantation de plusieurs embryons (entre un et quatre), dans notre cas ça serait plutôt trois (glup).
  • S'il n'y a pas de grossesse, il y aura transfert des autres embryons qui auront été entre-temps congelés.
  • Quand il n'y a plus d'embryons congelés, on repart sur un cycle de FIV.
  • Au bout de quatre FIV infructueuses, la prise en charge est stoppée et il est considéré que la seule chance d'avoir un enfant est l'adoption. A ce sujet, lors d'une réunion préliminaire, on nous à fait savoir que 40% des couples présent repartiraient au bout de 4 FIV sans enfant. Ça motive bien pour la suite :)

Si la mise en présence des ovocytes et spermatozoïdes n'a donné aucun embryon, les FIV suivantes peuvent être remplacées par des FIV ICSI : une FIV où le spermatozoïde est directement implanté dans l'ovocyte.

Aujourd'hui, 12h30 : Quatre... ils en ont implanté quatre...

Notes diverses

  • J'ai appris que pour un couple normal, les chances d'obtenir une grossesse, sont les suivantes:
    • méthode Jean-Pierre Coffe : 20% par rapport dans la bonne période. Parmi ces grossesses, 1,2% donneront des jumeaux, et encore moins des triplés.
    • méthode Haras Nationaux : 16% par IAC. Parmi ces grossesses, 15% donneront des jumeaux et 1% des triplés.
    • méthode Orangina : 30% par FIV, dont 76% arriveront à terme. Sur ces grossesses à terme, 15% donneront des jumeaux et 1,5% des triplés.
    • Quelque soit le type de grossesse, le taux de fausse couche spontanée avant le 3ième mois est de 20%.
  • Une ponction d'ovocyte, c'est high tech : plein d'appareils, plein de toubibs, on se croirait presque dans « Urgences ».
  • Un de mes examens de fertilité a été une auscultation de mes testicules par un vieux chef biologiste. C'est maintenant sûr, je ne suis définitivement pas homo-gérontophile.
  • La tenue refilée à monsieur pour la ponction est la même que celle des médecins : Call me Dr Carter ! J'ai failli partir avec (trip sexuel en tête pour la maison), mais avec ce que l'on a déjà coûté à la sécu, on ne va quand même pas se barrer avec. Par contre, pas de problème pour laisser sur place la charlotte et les chaussons en papier-tissu.
  • Madame a aimé le « flash »: père geek et mère junkie... pov' gosse.
  • Spécial dédicace à madame qui supporte tout ça presque sans broncher. Comparativement à ce que j'ai à faire (branlette, être présent pour les FIV, et c'est tout), elle a pas mal de courage et de patience. A croire qu'elle veut vraiment son (ses trois) bébé(s).

Les suites