Dans son billet, Tristan Nitot soulève quelques points intéressants concernant la mondialisation, la fin du pétrole bon marché et le réchauffement climatique. En particulier, il soumet l'idée que ces différents points isolés pourraient mutuellement se contrer.

1. La mondialisation n'est possible que s'il existe un transport bon marché. Si le prix du transport augmente, il devient moins intéressant de produire en Chine, alors qu'une production locale, certes plus chère, n'aurait pas besoin d'être transportée sur une si grande distance. Autrement dit : le prix de la production locale serait inférieur au prix de la production en Chine auquel il faudrait ajouter le prix croissant du transport. En substance, plus le pétrole devient cher, plus la mondialisation ralentit...
2. De même, plus le pétrole devient cher, moins on le brule, et donc moins on produit de CO2. Et donc plus on ralentit le réchauffement de l'atmosphère ! (A condition qu'on ne se mette pas à bruler à la place des trucs encore pires, comme le charbon).

J'aimerais simplement apporter quelques précisions sur le deuxième point. Tout d'abord, ce n'est pas parce que l'on va du jour au lendemain stopper de consommer du pétrole (hypothèse gratuite de ma part) que le réchauffement va subitement s'arrêter. Le carbone présent dans l'atmosphère va le rester pendant longtemps, le temps que celui-ci soit consommé soit par les forêts (les mêmes que l'on déboise actuellement), soit absorbé par l'océan. Et tant que ce carbone reste dans l'atmosphère, il remplit toujours son rôle de gaz à effet de serre.

Ensuite, une des choses que redoute la communauté scientifique au sujet du réchauffement climatique est un emballement de celui-ci. Cet emballement peut avoir plusieurs causes :

  • La hausse des températures peut entrainer le dégel du permafrost, ce sol actuellement gelé toute l'année aux hautes latitudes en Sibérie et Amérique du nord. Ce dégel va s'accompagner d'une reprise de l'activité biologique qui est une grande productrice de dioxyde de carbone.
  • La hausse des températures peut entrainer le dessèchement des tourbières. Toute la matière organique présente sera décomposée par les bactéries, qui produiront ainsi du dioxyde de carbone.
  • La hausse des températures risque de rendre les incendies de forêt plus fréquents. Pendant que les arbres partent en fumée, ils relâchent de grandes quantités de dioxyde de carbone.
  • La hausse des températures peut entrainer l'évaporation des hydrates de méthane. Ce composé est extrêmement sensible à la température, et le réchauffer lui fait relâcher de fortes quantité de méthane, qui est un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone.

Ces effets secondaires sont bien entendu cumulatifs. Si l'un d'eux se produit, son effet accélérateur du réchauffement climatique augmente d'autant les chances que les autres se produisent.

Au final, le résultat du réchauffement climatique dépend très fortement du risque d'emballement, et il est à parier que la baisse de la consommation du pétrole ne puisse enrayer la tendance.

Pour ceux qui souhaiteraient avoir des compléments sur les risques d'emballement du réchauffement climatique, un dossier à ce sujet est présent dans le Science & Vie 1061, de février 2006.