1er acte : le rideau se lève et les acteurs entrent en scène
Ce matin du 30 mai, nous nous rendons sereinement au centre de PMA (pour autant que l'on puisse être serein pour cette dernière FIV à laquelle nous avons droit) pour que madame se fasse ponctionner ses ovocytes, et que moi je me tripote sur des magazines donne mon sperme. Les préparatifs sont toujours les mêmes : on se change, madame file attendre son tour, monsieur va passer du bon temps.
Tiens, d'ailleurs parlons-en de mon cas. En général je n'ai pas trop de problème pour donner mon sperme, que ce soit manuellement (une longue adolescence de pratique) ou bien de manière plus exotique (et en groupe de deux personnes). Sauf que là, comment dire ça… Imaginez que vous allez visiter le parc du Yellowstone uniquement pour son attraction principale : Old Faithful. Sauf que ce jour-là, vous attendez, la terre se met à trembler, annonçant le spectacle tant attendu, et là, rien… Rien à part peut-être une petite goutte d'eau chaude. Vous serez déçu non ? C'est exactement mon cas, sauf qu'en plus je me sentais plutôt mal. Sans ma contribution, la FIV n'ira pas bien loin, le clonage de l'espèce humaine n'étant jusqu'à preuve du contraire pas vraiment au point.
Je retente ma chance, sait-on jamais, mais cette fois-ci je n'étais même pas suffisamment en forme pour espérer obtenir quoi que soit. Je prends donc mon courage à deux mains, et vais expliquer ma situation au personnel sur place (essayez donc d'expliquer un truc pareil à une parfaite inconnue). La parfaite inconnue m'annonce simplement que je n'ai qu'à me détendre, rejoindre madame, assister à la ponction et revenir quand ça ira mieux.
Donc acte. La ponction se déroule correctement (ce n'est pas le carnage de la deuxième tentative), j'accompagne madame dans la chambre de réveil, puis retourne accomplir mon devoir. Cette fois-ci, tout rentre dans l'ordre, la nation m'en est reconnaissante. Une heure après, nous laissons 6 ovocytes et quelques millions de spermatozoïdes auprès de mains expertes qui en feront bon usage (du moins le souhaitons nous).
Au fait, cette fois-ci c'est une FIV ICSI, c'est à dire avec insertion manuelle du spermatozoïde dans l'ovocyte. De cette manière, on augmente les chance d'obtenir des embryons à transférer.
2ème acte : de nouveaux acteurs entrent en scène
Deux jours après, un coup de téléphone attendu nous demande de venir au centre sous peu. C'est sur place que nous devons avoir les résultat du tirage précédent : sommes-nous venus inutilement pour nous entendre dire qu'il n'y a rien à transférer, ou bien avons-nous encore une chance de repeupler la France ?
Coup de chance (ou pas, selon le point de vue), on nous apprend que quatre embryons vont être transférés, comme pour la première FIV. Évidemment, ce nombre n'est en aucun cas une garantie de succès, sinon nous n'aurions pas eu besoin d'aller au delà de la première FIV. Le seul bémol est que le transfert a été retardé, et que comme Madame doit venir avec la vessie pleine, elle a eu quelques difficultés et a dû passer plusieurs fois par des vidanges intermédiaires. Bref, elle finit par se faire transférer les embryons, et nous rentrons patienter pendant une quinzaine de jours pour le résultat.
3ème acte : ça tourne à la tragi-comédie.
Une prise de sang était prévue pour le 14 juin. Jusqu'à présent, les règles étaient toujours arrivées avant, et par acquis de conscience la prise de sang avait quand même été effectuée, bien entendu avec un résultat négatif. Pour ceux qui ne sont pas au courant, la prise de sang mesure le taux de ß HCG, une hormone sécrétée d'abord par l'embryon puis par le placenta au cours de la grossesse. Une femme enceinte aura un taux supérieur à 5 UI/L, sachant que le taux double environ toutes les 48 heures.
Nous arrivons donc au 13 juin, et toujours pas de règles. La tension de madame est palpable, et d'un commun accord (accord aidée par la pression d'un forum dédiée au sujet de la PMA et de moi-même) elle effectue sa prise de sang le jour-même, soit un jour avant la date prévue. Sur le résultat, 3 lignes utiles :
- Taux mesuré : 41 UI/L
- Taux moyen pour la première et deuxième semaine : de 50 à 1000 UI/L
- Conclusion : À interpréter en fonction du contexte clinique
Comme résultat à la con, on peut difficilement faire mieux. D'un côté, on est content parce qu'apparemment c'est positif (félicitations), mais d'un autre côté on est inquiet parce que le résultat est en dessous des valeurs moyennes. Ce raisonnement est bien entendu confirmé par le laboratoire d'analyses et par le médecin traitant. Le centre de PMA fermant avant que l'on ait les résultats, on attendra le lendemain pour savoir ce qu'ils en pensent.
Le lendemain (le 14 juin, donc), Madame appelle le centre de PMA qui lui rappelle que s'ils mettent une date, c'est bien parce qu'ils ont calculé leur coup et que ça ne sert à rien de le faire avant. En revanche, il confirment qu'un faible taux à ce stade peut très bien être dû à un début de grossesse (félicitations) ou bien un début de fausse couche. Donc une deuxième prise de sang est programmée pour la semaine suivante. Ensuite, madame voulant un peu se rassurer décide de faire une prise de sang le 16 juin histoire de voir si le taux continue de monter (félicitations) ou bien de descendre (signe d'un fausse couche).
Le 16 juin, le verdict est tombé : avec un taux de 10, la grossesse est considérée comme terminée. Le bébé ne sera pas non plus pour cette fois, et le parcours de PMA s'arrête sur un dernier échec.
4ème acte : les salutations au public
Ce billet aurait dû être posté dans 3 mois, avec une conclusion plus heureuse que celle-ci (ou bien moins heureuse, il pouvait se passer des choses entre temps). Celle-ci sera donc ce qu'elle est maintenant, et il ne nous reste plus qu'à nous tourner vers d'autres projets (immobiliers ?)
Commentaires
On ne se connait pas (juste madame par forum interposé)... alors, à défaut de mots (et il n'y en a pas), vous avez toutes mes pensées...
pepetkaJe vous fais un gros gros bisou ; c'est très courageux d'avoir été jusqu'à la 4° ... j'espère que "votre dame" se remet doucement ... je sais que c'est très douloureux ...
aazerineSmacks
aaz'
On ne se connait pas mais je suis tombée par hasard sur votre blog. Je suis en attente du résultat de ma FIV 1....
je suis admirative, car nous savons déjà que nous en resterons là si malheureusement le résultat de celle-ci est négatif....
Je ne dirais pas que les choses sont mal faites, je crois que vous ne le savez que trop bien...
Je vous souhaite plein de courage ! et qui sait ? peut être un ++ le plus naturellemnet du monde ? après tout se serait un beau pied de nez...
Ombre ;-)
OmbresoleilJe suis" tombee"par hasard sur ces billets qui me parlent je dois dire assez...malheureusement!
SalamandreroseJe,nous sommes en attente d'une seconde fiv icsi la premiere ayant ete un echec :(
J'essaie de reflechir aux "suites" si les 4 tentatives etaient ---
Mais nous ne savons pas si nous tenterions une 5...
Je vous souhaite plein de courage a tous les deux!!!!!
je vous souhait du courage moi j'en suis a la qatriéme fiv et je recomenseré tan que ma santé me le permétra j'ai trante-deux cent
dalilaEtant dans le meme parcours depuis 3 ans maintenant , je vous tire mon chapeau!!!En effet j'ai lu votre parcours avec le sourire au lèvre disons aussi que le narrateur est très bon et cela fait du bien de voir que malgrès vos échecs vous garder le moral !!!je vous souhaite un très beau bb qui je l'espere vous viendra tout naturellement et merci beaucoup de m'avoir fait sourire la veille de ma ponction...COURAGE A TOUT LES 2
cindy62Merci pour ce message, et bon courage pour votre ponction.
Arnaud BoudouIl ne faut surtout pas décrocher pourquoi ne pas mener les deux projets de pair FIV et immobiler? Moi j'en suis au stade du choix du centre de FIV étant donné ké surplace-Côte d'Ivoire, Afrique de l'ouest- ça ne se fait pas encore. Ce sera sans la "sécu" les frais de voyage et de séjour y compris . Mais j'ai le moral. HASTA LA VICTORIA SIEMPRE. Gros bisous tropicaux d'Abidjan.
Tiéfi« pourquoi ne pas mener les deux projets de pair FIV et immobiler? »
Tout simplement parce qu'il arrive un moment où il faut savoir abandonner et tourner la page pour ne pas tomber dans l'acharnement inutile.
Arnaud Boudouj'ai été tres ému par votre histoire.Je suis moi aussi en attente de résultat, mais je vous écrit car j'ai un couple d'amis qui deux ans après leur quatrième fiv négative ,attente un bb venu naturellement...Votre stérilité est inexpliquée donc il y a toujours de l'espoir!
marieje suis tombee par hasard sur votre histoire qui ma bcp emue d'autant plus que je viens de faire ma premiere fiv icsi et le resultat a ete negatif(je l'ai appris ce matin). alors apres les pleurs je cherchais du réconfort (et surtout comprendre pourquoi pas moi!!) .vous avez effectivement bien decrit les etapes et surtout bcp de courage à vous
cathyBonsoir,
eimelleJ' ai apprecié l'humour de Monsieur(j'ai le meme à la maison,les talents d'ecrivain en moins),il y a des cas ou l'ironie sauve ou rend la réalité moins rude.Merci Messieurs les fanfarons d'etre là!Horreurs des forums et autres sites ou on se raconte,là je compatie.Je suis sage-femme,au tout début de mon parcours fiv,j'aimerais etre fleuriste,là,ça serait plus simple a vivre..Juste une question:comment se gère l'aprés,le"j'ai pas d'enfants et voilà",comment tourner cette page là?
Merci pour vos pages,elles m'ont fait sourire,et,parole desage-femme,des bébés coffes,inéspérés improbables:ça existe!
Bonjour eimelle,
En ce qui concerne l'après parcours de PMA, en particulier quand ce dernier s'est révélé être un échec, chacun a sa façon de tourner la page. Un conseil qui peut en revanche s'appliquer à tout le monde est de se trouver autre chose à penser. C'est ce que nous avons fait ma femme et moi : nous avons relancé notre projet de construction immobilière. De plus, il n'est pas inutile de penser à se faire aider par un tiers, par exemple un psychiatre (solution qu'à choisi ma femme).
De toute manière, même la page tournée, croiser un couple avec de jeunes enfant n'empêche pas de se dire « et si c'était nous ».
Arnaud BoudouTout simplement merci ! Ce témoignage retrace exactement ce que nous vivons(3ème fiv en vue), c'est plein d'humour et le parcours de fiv est super bien expliqué. C'est bien d'avoir le vécu d'un homme sur ce sujet, c'est très rare. Bravo pour vos talents d'écrivain.
béaTout à fait d'accord avec les commentaires précédents. Très bien écrit, plein d'humour sur un parcours difficile et intéressant que cela soit écrit par un homme... Car nous nous focalisons sur nos hormones femelles et pensons souvent que nos hommes sont égoïstes, ne comprennent rien à nos humeurs cycliques et ne se culpabilisent même pas. Mais nous oublions que nous réagissons tous différemment aux aléas de la vie. Pas simple. Ce que je trouve déplorable, pour le vivre en ce moment, est que ce parcours très médicalisé, hautement technique, réalisé par des "dieux" (le gynéco spécialisé FIV que je vois se dit être le père de tous ces enfants!!) (ouf, tous les médecins ne sont pas des dieux et certains se remettent souvent en cause. Si, si, ça existe!! j'en sais quelque chose...) ne prend que très rarement en compte la souffrance du couple, de l'homme et de la femme. Dommage!
SandrineBonne idée que Madame se fasse aider par un psy. Et pourquoi pas certaines médecines parallèles en se renseignant sur la "réputation" des professionnels exerçants (ostéopathie, acupuncture,...). Pas d'études fiables mais le cerveau humain est trèèèèèès complexe et joue souvent des tours à ses contenants!!
Bon courage pour la suite.
Je viens de lire votre billet, si touchant, mélangé de tant de sentiments éxacerbés comme peut l'être le désir d'être parent... Mon mari et moi sommes depuis 5 ans en PMA et tout comme vous, nous avons "subi" "pour notre bien toutes sortes d'examuns et ça y est ce 28 novembre 2008, nous allons subir notre première FIV... votre témoignage n'est guère encourageant... Nous, "TOUT ALLAIT TRES BIEN", aucun problème ni du coté de Messieur ni de mon coté "Qu'ils sont beaux les spermatos! Bravo les taux d'hormones"!! .... Mais, je suis toujours une "coquille creuse avec de beaux ovaires "La belle affaire!"
dottyJe me mets à la place de "Votre Dame".... l'arrivée de cette foutue armée rouge qui débarque!".... la petite mort de la Maman qui est en elle...
Où en êtes-vous?
Je suis de tout coeur avec vous, réellement...
Votre billet date et je me demande si "ce petit bonheur" a pointé le bout de son nez?...
Donnez-moi de vos nouvelles,
Cordialement,
Dotty
>Votre billet date et je me demande si "ce petit bonheur" a pointé le bout de son nez?...
Ben, il suffit de lire les autres billets (les liens sont en haut de celui-ci) pour comprendre que les quatre FIV n'ont rien donnés. Depuis, nous sommes passés à autre chose.
Bonne chance et bon courage pour votre suite.
Arnaud BoudouMerci pour ce témoignage sur votre parcours. A 36 et 37 ans, après 7 ans de galères, 2 FIV, 3 transferts et pas de résultat, nous envisageons sérieusement de cesser l'acharnement thérapeutique.
L'abandon est difficile mais nécessaire pour nous tourner vers d'autres projets et avoir droit nous aussi à notre part de bonheur.
L'après FIV est rarement évoqué dans les témoignages (anonymes ou scientifiques !), c'est bien dommage ... Qu'en est-il de la suite pour les 70% de malchanceux ? L'échec reste un tabou qui fait que l'on se sent souvent coupable d'abandonner.
SandraBonjour. Nous sommes élèves de 1èreS et faisons notre TPE sur la FIV. Nous avons lu votre "pièce de théâtre" et aimerions la jouer afin de compléter notre TPE dans lequel on expose la FIV en tant que réponse à la stérilté mais nous aimerions bien prendre votre texte comme support pour illustrer l'autre coté beaucoup moins -fun-.
Nous espérons que cela est possible.
Merci d'avance
leo.ma.nouBonjour. Vous pouvez sans problème prendre ce texte comme support pour votre TPE, et bonne chance pour votre pièce :)
Arnaud BoudouBonjour,
je me suis permise de mettre un lien vers tes articles PMA depuis mon blog. Il est tellement rare de trouver un point de vue masculin sur la PMA ! Sur la plateforme de mon blog, j'en connais un qui vient se raconter régulièrement, toujours avec cet humour et ce point de vue qui caractérise les hommes. Ca fait du bien !
Même si je suis bien triste de voir l'issue de votre parcours....
A bientôt
ZazouilleDu courage...beaucoup de courage !
calineL'adoption ??
J'ai aimé lire votre blog, l'humour sur lequel vous en parlez ! C'est vrai qu'il est important de laisser place à l'humour dans ce type de parcours...
Je vous souhaite tout le bonheur du monde !
A bientôt
Zazouille : bon courage à vous pour la suite de votre parcours.
Arnaud Boudoucaline : l'adoption n'a ni la faveur de madame, ni la mienne. Et puis au bout d'un moment, on fini par s'habituer à l'absence d'un enfant et à vivre pour nous.
Merci de m'avoir fait sourire avec ce sujet qui me fait si souvent pleurer.
Cocotte...bonsoir à vous,
j'ai perdu mon fils à la naissance il y a 5 ans, et ne peux vraissemblablemennt pas, ou très difficilement, en espérer d'autres. je ne savais plus comment faire l'amour avec mon mari... sans utérus (existant,mais malformé) ne pouvant lui donner d'enfants... je ne suis pas tout à fait une femme... je suis partie après qqs mois (et bcp d'examens et opération), et ai divorcé l'année suivante.j'ai adoré votre narration, votre réccit si réaliste m'inquiète... puisque l'anonymat d'internet le permet, je voulais savoir comment vous pensez assumer à long court ? vous semblez aimer "madame", mais je ne peux m'empêcher de me souvenir que vous êtes jeune (28 ans), et que des enfants vous pourrez en avoir... pas d'horloge biologique pour vous.
je pense que mon mari était très attentif lui aussi, il a souffert lui aussi, mais rien n'a pu réduire l'écart creusé entre lui et moi par ma culpabilité -alimentée par moi seule, si, si!-
le projet immobilier est aussi venu à moi, et depuis presque deux ans je rénove un appartement... je transforme ma "vacuité et incompétence utérine" en "compétence électrique, sanitaire, plomberie, plaquot..."
la vie est là, les projets, l'avenir... et la souffrance toujours
sincères salutations à vous deux
slcBonjour slc, et merci pour votre témoignage. Dans notre cas, il semblerait que la page soit autant tournée qu'il soit possible de l'être : même si nous avons fait notre deuil d'un enfant, aidé dans le cas de madame par le suivi temporaire d'une psychiatre, il restera toujours un regret du « et si ça avait marché ».
Maintenant, nous faisons des projets à deux, et pour nous deux uniquement. Même si le projet immobilier était déjà en germe avant nos essais, il était freiné par le double coût d'un enfant et d'un crédit. L'enfant n'étant finalement pas là, on a pû se lancer dans ce projet l'esprit tranquille.
Arnaud BoudouBonjour,
SeverineJe viens de découvrir ce billet et ça m'a fait du bien de le lire ainsi que tous les autres témoignages. En fait je cherchais (désespérément ?!?) des témoignage sur l'après FIV. Comment fait-on pour faire son deuil en quelque sorte, j'ai vu psy et companie mais ça ne m'apporte plus rien.
Pour l'instant mes ressources sont mes larmes et puis un jour cela s'arrêtera et la résignation fera place à la douleur.
J'ai 38 ans j'ai fait 4 FIV et 2 TEC sans JAMAIS aucun résultat c'est dur même si je sais que ma cause était plutôt perdue d'avance : endométriose stade IV, hydrosalpinx, ovaires poly kystiques ...enfin la totale quoi. C'est dur de se dire qu'on ne laissera aucune trace sur cette terre.